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Nous engageons des architectes ukrainiennes...

Engineering Politique Économie lundi 4 juillet 2022

Pini Group

Andrea, comment l’engagement d’une architecte ukrainienne au sein du groupe Pini s’est-il fait?

Andrea Galli: Kateryna a été informée de notre offre via l’association ukrainienne des ingénieurs et des architectes, et a écrit un courriel indiquant qu’elle souhaiterait travailler pour une entreprise en Suisse. Nous avons immédiatement essayé de lui trouver un emploi à Lugano.

Et comment la suite se profile-t-elle?

A.G.: Kateryna travaille pour l’heure à la section Architecture et participe à des projets de construction recourant à la méthode BIM. Avec sa sœur, elle restera en Suisse durant une période encore à déterminer en fonction de l’évolution du conflit, mais au moins jusqu’à la fin 2022. Elle aura ainsi suffisamment de temps pour apprendre la langue et s’intégrer dans notre système de travail. Pour ce qui est de l’avenir, il sera possible de considérer de nouvelles formes de travail à distance ou de travail hybride.

Le groupe Pini envisage-t-il d’engager d’autres architectes ukrainiens?

A.G.: Nous sommes en premier lieu un bureau d’ingénieurs, actif en particulier dans le génie civil pour de grandes infrastructures. Aussi l’architecture représente-t-elle une part relativement faible de notre activité. Néanmoins, l’expérience nous intéresse et nous sommes disposés à la renouveler, par exemple avec des ingénieurs assignés à d’autres succursales du groupe. En ce moment, nous sommes en contact avec deux ingénieures civiles arrivées tout par hasard du sud-est de l’Ukraine jusqu’au Tessin, et que nous avons pu loger dans une maison – actuellement vide – faisant l’objet d’une demande de permis de construire pour un nouveau complexe résidentiel.

Kateryna, pouvez-vous nous dire quelques mots sur la guerre et votre arrivée en Suisse?

Kateryna Chaplynska: Sachant que nous habitions à Kiev où les bombardements n’ont pas été immédiats, ma sœur Sophia et moi-même n’avons heureusement connu la face sanglante de la guerre que de façon marginale. Nous sommes parvenues à quitter le pays à temps. Mes parents – tout comme mes deux frères, lesquels ont récemment atteint leur majorité – sont restés au pays, non loin de Kiev. Quant à mes grands-parents qui vivaient à l’est de l’Ukraine, près de la Russie, ils ont dû déménager à l’ouest ces dernières semaines afin d’éviter le pire.

Kateryna Chaplynska

Avant de fouler le sol suisse, nous avons vécu un voyage assez éprouvant. Il nous a d’abord fallu nous rendre à la frontière polonaise, puis à Budapest en Hongrie, d’où nous avons pu réserver un vol à destination de Milan. Réunir les documents nécessaires à l’entrée en Suisse s’est avéré très compliqué. Nous avons dû demander le permis de protection S à Chiasso et les permis de travail et de séjour dans le canton des Grisons, où nous vivons maintenant. Sans compter la demande de tutelle pour ma jeune sœur, l’assurance maladie, l’assurance responsabilité civile, l’ouverture d’un compte bancaire, etc. Mais globalement, je dirai qu’il s’agit d’une expérience positive, qui aura permis de dégager un peu le chemin des obstacles administratifs pour d’autres citoyens ukrainiens arrivés dans la région.

Andrea, pouvez-vous nous exprimer à titre personnel votre ressenti vis-à-vis de cette fantastique action de solidarité, afin d’inciter d’autres entreprises à engager elles aussi des architectes, des planificateurs ou des ingénieurs?

A.G.: Je crois que l’ouverture aux autres constitue le fondement pour vivre dans une société saine, tolérante et heureuse. Aujourd’hui, ce sont les Ukrainiens qui ont besoin de nous, et demain, peut-être aurons-nous besoin de l’aide d’autres pays. C’est en outre une satisfaction intérieure que de ressentir de la gratitude et de voir que notre action apporte un soulagement. Cette expérience restera gravée dans la mémoire de nos collaborateurs et de nos enfants, et j’ose espérer qu’elle nous amènera – car cela ne va pas de soi – à apprécier davantage ce qui nous paraît être la normalité.

Basler & Hofmann

Nous croyons savoir que vous ayez engagé une Ukrainienne fuyant son pays. Un mot à son sujet et sur son arrivée en Suisse?

Dominik Courtin: Oui, tout à fait. Lena, qui a pu quitter l’Ukraine en voiture, est arrivée le 4 avril chez nous. Elle nous avait contacté depuis Kiev au travers de l’initiative lancée par notre association. Lena a une formation d’architecte d’intérieur et œuvre désormais dans l’équipe de développement BIM de notre laboratoire pour le travail numérique intégral (IDA Lab).

Et pour la suite?

D.C.: Nous avons délibérément conclu avec Lena un contrat de travail non pas à durée déterminée mais à durée indéterminée, gage d’une certaine sécurité. Logée dans l’un de nos propres appartements, elle tient à montrer sa profonde reconnaissanceen prouvant qu’elle a obtenu cet emploi à bon droit – ce que nous avons déjà ressenti.

Basler & Hofmann envisage-t-elle d’embaucher d’autres réfugiés?

D.C.: Oui, nous sommes prêts à accueillir davantage de réfugiés. Plusieurs – y compris des hommes – ont entre-temps déjà postulé à des postes que nous avons mis au concours. Nous essayons d’évaluer ces candidatures avec beaucoup de bon vouloir et soutiendrons toutes les équipes se déclarant prêtes à accueillir ces personnes en leur sein et à les intégrer rapidement dans le travail de projet.

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